« On pensait que ce ne serait que temporaire. »

Khaled, en exil :
« on pensait que ce ne serait que temporaire. »


SON TÉMOIGNAGE

 Khaled et Khaldia sont originaires d’un petit village proche de la ville de Hama en Syrie. Il y a neuf mois et après plus de quatre années de conflit, ils ont craqué, ils ont vendu leurs biens et sont partis en direction de la Jordanie. Leur périple s’est achevé près du poste frontière de Rukban où un camp informel de demandeurs d’asile syriens s’est peu à peu créé. Après six mois passés dans cette zone désertique, ils ont été autorisés à rentrer sur le territoire jordanien. Ils vivent désormais dans le camp de réfugiés d’Azraq qui accueille plus de 35000 personnes.

Khaled et son épouse ne souhaitaient pas quitter la Syrie mais la situation était devenue trop compliquée. « Au début du conflit, j’arrivais encore à travailler que ce soit dans le bâtiment ou dans les champs mais désormais il n’y a plus rien ». Le couple réfléchit à la meilleure solution. A l’ouest la frontière avec le Liban est fermée, au nord la Turquie et la barrière de la langue les rebutent. « Rukban était la seule possibilité pour nous. Les gens parlent arabe, c’est plus simple ».

« Nous avons loué une voiture et emporté une petite valise avec quelques affaires ». A leur arrivé à Rukban, ils déchantent : « si j’avais su ce qui nous attendait ici, nous ne serions pas venu », explique Khaled. Des milliers de personnes les ont précédé et attendent de franchir la frontière dans le dénuement. Pendant leurs premières semaines sur place, ils dorment sous une couverture puis parviennent à se fournir une bâche qui leur servira de tente. Pour la nourriture, ils dépendent des distributions qui sont faites du côté jordanien de la frontière mais ils ne sont pas autorisés à partir s’installer de l’autre côté. Les autorités jordaniennes ne laissent entrer les réfugiés qu’au compte goutte alors que du côté syrien, le nombre de demandeurs d’asile va croissant. « Il y a eu de plus en plus de monde lorsque les frappes aériennes se sont intensifiées, des gens arrivaient de toute la Syrie ». 

Cet afflux de population a largement participé à l’augmentation des tensions sur place. « Parfois, lorsque les organisations humanitaires apportaient de la nourriture, les gens comprenaient immédiatement que les quantités étaient insuffisantes et commençaient à se battre pour avoir quelque chose. Un jour, des gens m’ont sauté dessus pour un morceau de pain, j’ai dû ramper pour m’en sortir ». Côté syrien, un marché s’organise : Rukban est un mélange de gens désespérés et d’autres qui profitent de la misère.

D’un camp à l’autre

D’abord intransigeant, le gouvernement jordanien a peu à peu augmenté le nombre d’admissions de Syriens sur son territoire. Depuis mars 2016, les demandeurs d’asile sont enregistrés par le HCR puis 150 à 200 personnes rentrent en Jordanie quotidiennement. L’identité de chaque personne est alors vérifiée avec soin, les autorités souhaitant avant tout éviter que des terroristes s’infiltrent sur leur territoire en se faisant passer pour des réfugiés. Une fois cette étape terminée, les réfugiés passés par le Berm[1] sont envoyés vers le camp d’Azraq où ils occupent plusieurs villages. Khaled et Khaldia ont d’abord passé deux mois dans le village n°5 dont les installations sanitaires ont été réalisées par Action contre la Faim et où se trouvent uniquement des personnes passées par les sites de Rukban et Hadalat (Hadalat est un camp informel situé à la frontière syro-jordanienne). Ils ont ensuite été installés dans un autre village depuis lequel ils peuvent naviguer plus librement à l’intérieur du camp.

Malgré les vérifications menées par les autorités jordaniennes, les mouvements des réfugiés passés par le Berm sont scrupuleusement contrôlés.

Ahmed, un voisin s’est joint à la conversation. « J’ai passé deux mois dans le village n°5 : avec toutes ces grilles je n’en pouvais plus. Quand tu es là-bas, tu ne fais pas ce que tu veux, tu n’as pas le choix : on t’apporte des tomates, tu prends les tomates, même si elles sont pourries ». S’ils installent aussi un grillage autour du village n°2 je repars en Syrie ! ».

Pourtant, les derniers moments d’Ahmed dans son pays ne sont pas joyeux. « Quand j’étais en Syrie, j’ai vendu mes moutons car on essayait de me les voler et tout cet argent n’a servi qu’à survivre à Rukban alors qu’on pensait que ce ne serait que temporaire. Je n’ai pas de mot pour décrire ce qu’il s’y passait : j’ai quand même vu une femme accoucher sans rien ni personne pour l’aider ».

[1] Berm est le nom donné aux deux camps informels de Rukban et Hadalat où se trouvent des milliers de demandeurs d’asile syriens.

[2] Le camp d’Azraq est découpé en « villages », chacun constitué de centaines de préfabriqués.


En Syrie : le contexte de son départ

Cinq années de guerre en Syrie ont fait plus de 250 000 morts, 4,8 millions de réfugiés dans les pays voisins, 6,5 millions de déplacés internes et 11 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire d’urgence. La situation en Syrie ne cesse d’empirer. Economie, éducation, santé, sécurité alimentaire, habitat, eau, assainissement : tous les pans de la société subissent une terrible crise qui dure depuis plus de cinq ans. Au Liban, nos équipes sur le terrain témoignent de la vulnérabilité grandissante des réfugiés après cinq ans passés loin de chez eux. Leurs moyens de survie se sont épuisés alors qu’il est de plus en plus difficile pour eux d’obtenir un permis de résidence. L’accès aux opportunités de travail est également compromis, aboutissant à l’apparition de mécanismes extrêmes de survie comme le travail des enfants. Certains réfugiés, épuisés et désespérés, vont même jusqu’à repartir en Syrie, au péril de leur vie.

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© Florian Seriex

Notre action EN JORDANIE

La Jordanie accueille plus de 640 000 réfugiés syriens [1] soit près de 10% de la population du pays. 85% d’entre eux vivent dans des communautés jordaniennes principalement dans les gouvernorats d’Amman, Ajloun, Mafraq et Irbid.
 Action contre la Faim travaille en Jordanie depuis 2013, principalement au sein des communautés hôtes où la vie est extrêmement chère pour les réfugiés ainsi que dans le camp d’Azraq, un camp dont la population ne cesse de grandir. L’arrivée massive de centaines de milliers de personnes a déstabilisé l’économie locale et les services sociaux, mettant également en grande difficulté les familles jordaniennes déjà vulnérables. Dans le gouvernorat d’Irbid, nos équipes ont adapté leur réponse aux besoins des réfugiés et des familles jordaniennes vulnérables en mettant en place des programmes en eau, assainissement et hygiène, en réhabilitant des infrastructures sanitaires dans les logements, en proposant une assistance financière et un soutien psychosocial. Dans le camp d’Azraq, Action contre la Faim prend aussi en charge les activités en eau, assainissement et hygiène notamment à travers des activités de mobilisation communautaire et des opérations de maintenance des diverses installations. Depuis le mois d’avril 2016, Action contre la Faim vient également en aide aux populations syriennes qui se sont massées dans le no-man’s land de la frontière syrio-jordanienne en espérant une entrée sur le territoire jordanien.


Lieux d’interventions :
– Gouvernorat d’Irbid
– Camp d’Azraq
– Frontière syrio-jordanienne


Types d’interventions :
– Nutrition, santé et pratiques de soins
– Eau, assainissement, hygiène
– Sécurité alimentaire et moyens d’existence

 

[1] 638 633 personnes enregistrées par le UNHCR à la date du 4 avril 2016 mais le recensement effectué par les autorités jordaniennes en novembre 2015 a dénombré 1,26 million de citoyens syriens dans le pays.

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© Florian Seriex

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Photographie © ACF

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