« On essaye d’oublier qu’on est loin de chez nous mais tout nous y renvoie sans cesse. »

Khalil Ismail, en exil :
« On essaye d’oublier qu’on est loin de chez nous mais tout nous y renvoie sans cesse. »


Son TÉMOIGNAGE

Il est encore tôt dans la principale artère commerçante du camp, mais les gens pressent le pas pour faire quelques courses avant que la chaleur ne soit insupportable. Déjà au mois de mai le thermomètre indique 38° degré.
A l’autre bout du camp de Darashakran, Khalil Ismail et son ami Yousef Ali sont assis à l’ombre d’un mur de briques. Ils observent des ouvriers qui coulent une dalle en béton en sirotant un café. Une connaissance passe au pied du promontoire et les salue de la main. Pour toute réponse, Khalil lui jette une motte de terre qui éclate à quelques centimètres de sa cible. Tout le monde éclate de rire. Puis le silence s’installe. Khalil confesse bien volontiers, « il n’y a pas grand-chose à faire ici. On rigole un peu, on se chamaille, on essaye d’oublier qu’on est loin de chez nous mais tout nous y renvoie sans cesse ».
Originaires de Qamishli au nord-est de la Syrie, Khalil, sa femme et leurs 5 enfants ont fui en novembre 2013.  Ils vivent désormais dans un abri en béton, situé dans la partie la plus ancienne du camp. Dans la pièce principale, un téléviseur diffuse un feuilleton syrien dont l’intrigue se joue à l’époque du mandat français (1920 – 1946). Le fils aîné de Khalil, handicapé, fixe l’écran pendant que les deux plus jeunes répondent aux injonctions paternelles et courent chercher le thé, un cendrier, une photo du petit dernier pendant le nouvel an kurde. Khalil et sa famille disposent de deux pièces à vivre, d’une petite cuisine et d’une salle d’eau. Il ne se plaint pas de la vie sur place et sait que dans le camp, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

EN SYRIE : LE CONTEXTE DE SON DÉPART

Les combats dans la région de Kobane, au nord de la Syrie, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes et beaucoup d’entre elles ont fait un long chemin à travers la Turquie jusqu’au Kurdistan irakien. A leur arrivée, certaines familles ont été logées sous des tentes dans la partie temporaire du camp. Depuis bientôt deux années, la crise qui secoue l’Irak a provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes dans le pays, occultant peu à peu la situation des quelques 250 000 Syriens réfugiés au Kurdistan irakien. Dans le camp de Darashakran, au Kurdistan Irakien, près d’Erbil, ils sont près de 10 000 à tenter de se reconstruire, loin de leur pays.

Khalil Ismail est originaire de Qamishli, dans la parie Kurde de la Syrie. Il y a un an et demi, il s’est enfui avec sa femme et ses cinq garçons. © Florian Seriex / ACF
Khalil Ismail est originaire de Qamishli, dans la partie kurde de la Syrie. Il y a un an et demi, il s’est enfui avec sa femme et ses cinq garçons. © Florian Seriex / ACF

NOTRE ACTION AU KURDISTAN IRAKIEN

A Darashakran, comme dans plusieurs autres camps de réfugiés du gouvernorat d’Erbil, Action contre la Faim a déployé des équipes d’intervention rapide pour les interventions en eau, assainissement et hygiène. A quelques mètres des tentes, une équipe d’Action contre la Faim répare des latrines, pendant d’une autre inspecte les points d’eau. Nos équipes prennent notamment en charge la maintenance des installations, réparent les infrastructures endommagées, vidangent les fosses septiques, assurent la distribution de kits d’hygiène ou d’outils de drainage et organisent des sessions de promotion à l’hygiène pour sensibiliser les habitants du camp. Pendant l’été, période extrêmement sensible dans cette région où les températures dépassent 50°, les inquiétudes de la population sont partagées par l’équipe.


Lieux d’interventions :
– Erbil
– Dohuk
– Sulaymaniyah
– Ninewah
– Diyala


Types d’interventions :
– Nutrition, santé et pratiques de soins
– Eau, assainissement, hygiène
– Sécurité alimentaire et moyens d’existence
– Soutien psychologique

#NOTACHOICE

Photographie © Florian Seriex / ACF