« Il ne pouvait rien nous arriver de pire. »

Abdallah Aji Halou et Ane Farham, en exil :
« Il ne pouvait rien nous arriver de pire. »


LEUR TÉMOIGNAGE

A Zakho, au Nord de l’Irak, les déplacés ont afflué par dizaines de milliers. A pied, en voiture, en bus, après avoir tout laissé derrière eux, ils sont arrivés à « Dabin City ». Cet ensemble de bâtiments en construction abrite plus de 5000 personnes.

Ane Farhan et Abdallah Aji Halou sont originaires du Sinjar. Avec les 22 personnes qui composent leur famille, ils se sont installés au quatrième étage d’un immeuble en construction. Leur logement se compose de deux pièces. La principale fait une dizaine de mètres carrés, la fenêtre est un trou béant et c’est un drap qui fait office de porte.

Ane et son mari Abdallah cumulent 165 années à eux deux. Depuis ces dernières semaines, ils connaissent les atrocités liés aux conflits dans la région. « Il ne pouvait rien nous arriver de pire. Ils nous ont détruits, ils ont tué nos proches, pris tout ce que nous avions. Nous attendons que Dieu nous délivre ».

Les longs doigts d’Abdallah tracent des lignes sur le sol de ciment. Il nous raconte : « J’ai marché tantôt debout tantôt à quatre pattes, au-delà de la fatigue. D’horribles histoires nous parvenaient sans cesse mais nous avons continué d’avancer. Je n’avais même pas de vêtements, je suis parti en pyjama, ce sont des gens qui m’ont donné ce que j’ai sur les épaules. »

Quand Abdallah et sa famille sont arrivés à Zakho, on leur a conseillé de prendre la route vers « Dabin City » et ses tours en construction. Depuis, ils survivent dans une des tours en ciment, dans l’attente de nouvelles perspectives. « On attend qu’on nous donne du pain, on mange, on dort, c’est tout ce qu’on peut faire », explique Ane Farhan.

Dans la pièce, un nouveau-né dort, il a 26 jours. Sa mère balance machinalement le berceau du bout des doigts. « Son nom est Beijiman, ça veut dire apatride, comme nous ». L’enfant est né à l’hôpital de Zakho, le soir même, sa mère était priée de quitter les lieux, son bébé dans les bras. Les enfants sont nombreux dans la famille. Ils défilent dans les deux pièces, jettent un œil au nouveau-né : « Ici ils n’ont rien à faire » explique Abdallah, « ils ne peuvent pas aller à l’école et leur comportement a changé. Ils ont vu tant de choses que personne ne devrait jamais voir ».

© Florian Seriex
© Florian Seriex

En Irak : le contexte de leur départ

L’Irak fait face à une double crise depuis le début de l’année 2014. Après l’arrivée de près de 250 000 réfugiés syriens en 2013, les multiples offensives de l’Etat Islamique ont provoqué des déplacements massifs à travers le pays. Au cours de l’été 2014, les attaques au nord du pays, sur la ville de Mossoul et la région du Sinjar ont forcé des centaines de milliers de personnes à fuir au Kurdistan irakien. En l’espace de quelques semaines, plus de 800 000 personnes ont trouvé refuge dans les trois gouvernorats de la région (Dohuk, Erbil et Sulaymaniyah). Les déplacés y cherchent un abri et un accès aux produits de base qui leur font défaut : eau, nourriture, médicaments.

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© Florian Seriex / ACF

Notre action au Kurdistan irakien

Au Kurdistan irakien, Action contre la Faim met en place des distributions de de coupons alimentaires, d’eau, de kits d’hygiène. Nos équipes installent des réseaux d’eau, des latrines, multiplient les séances de promotion à l’hygiène et apportent un soutien psychologique impératif à des populations profondément marquées et qui peinent à se reconstruire dans des conditions précaires. En 2015, Action contre la Faim a étendu ses opérations aux gouvernorats de Ninewah et Diyala afin d’anticiper de potentiels déplacements et d’atteindre des populations dans le besoin, qui demeuraient jusqu’alors difficiles d’accès. Action contre la Faim vient en aide à plus de 300 000 personnes chaque mois grâce à ces différents programmes.


Lieux d’interventions :
– Erbil
– Dohuk
– Sulaymaniyah
– Ninewah
– Diyala


Types d’interventions :
– Eau, assainissement, hygiène
– Sécurité alimentaire et moyens d’existence
– Soutien psychologique et pratiques de soins

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#NotAChoice

Photographie © Florian Seriex / ACF