« J’aimerais juste pouvoir être heureuse. »

Hana, en exil :
« J’aimerais juste pouvoir être heureuse. »


SON TÉMOIGNAGE

On rentre chez Hana par une petite porte, celle des caves communes d’un modeste immeuble dans la ville de Saïda, au Liban. Hana est assise dans la pénombre sur un fin matelas à même le sol dans cette pièce minuscule qu’elle partage avec les autres femmes de la famille. Dans l’entrée, un énorme réfrigérateur d’un autre âge est entreposé. Un réchaud à gaz recouvert d’une casserole, quelques sacs d’affaires entassés dans un coin : voilà tout ce que la famille a pu emporter en fuyant de Syrie.

Il y a 18 mois, Hana vivait dans la Ghouta, près de Damas, mais les roquettes et la peur l’ont poussée à la fuite. D’un village à un autre, elle a fait son chemin jusqu’au Liban, se cachant là où elle pouvait. A Saïda, elle a trouvé un abri dans un camp de fortune. Compte tenu de la promiscuité et des conditions sanitaires, elle a cherché une autre solution pour se loger. C’est au bord d’une route qu’elle longeait avec ses quelques affaires et ses proches qu’elle a fait la rencontre d’une femme libanaise qui lui a proposé ce petit refuge où elle a désormais l’intimité nécessaire.

Hana nous parle de ses deux fils. Le premier est en Syrie et elle ne l’a pas vu depuis qu’elle a quitté le pays il y a plus d’un an. Elle est sans nouvelle de lui et connait seulement l’endroit où il se trouvait lorsqu’elle a quitté le pays. Son autre fils est avec elle, à Saïda. Depuis des mois, il souffre de troubles psychologiques. Hana nous en explique l’origine : « un matin, alors que nous vivions encore dans la Ghouta en Syrie, mon fils est parti prier. Sur la route, il a été arrêté par un soldat qui l’a forcé à le suivre dans son bureau. Battu, torturé sans raison puis relâché, il s’enferme depuis dans le mutisme, refusant toute compagnie à l’exception de celle d’un voisin avec lequel il part en promenade de temps à autre ».

Hana et les siens survivent avec l’aide des ONG et un peu d’argent que lui donne son neveu. Ce soutien reste bien maigre pour subvenir aux besoins de toute la famille. Parfois, Hana enfile son abaya et va dans les supermarchés pour demander les légumes que les commerçants ne vendent plus. A plusieurs reprises, elle a emprunté de l’argent mais les dettes s’accumulent : 450$ à Saida et près de 300$ en Syrie.

Les petits-enfants d’Hana ont 3 ans et demi et 4 ans, ils ne vont pas à l’école mais vont mieux selon leur grand-mère, « En Syrie, au son d’un avion, ils partaient en courant et en pleurant ». Hana attrape des paquets de médicaments qu’elle tend les uns après les autres : « ça, ce sont les miens, et tout ça c’est pour mon fils. Si on ne les prend pas on peut mourir. ».

« J’aimerais juste pouvoir être heureuse. Je voudrais que le monde arabe soit libre et satisfait mais surtout, je souhaite avoir des nouvelles de mon fils en Syrie».


En Syrie : le contexte de son départ

Cinq années de guerre en Syrie ont fait plus de 250 000 morts, 4,8 millions de réfugiés dans les pays voisins, 6,5 millions de déplacés internes et 11 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire d’urgence. La situation en Syrie ne cesse d’empirer. Economie, éducation, santé, sécurité alimentaire, habitat, eau, assainissement : tous les pans de la société subissent une terrible crise qui dure depuis plus de cinq ans. Au Liban, nos équipes sur le terrain témoignent de la vulnérabilité grandissante des réfugiés après cinq ans passés loin de chez eux. Leurs moyens de survie se sont épuisés alors qu’il est de plus en plus difficile pour eux d’obtenir un permis de résidence. L’accès aux opportunités de travail est également compromis, aboutissant à l’apparition de mécanismes extrêmes de survie comme le travail des enfants. Certains réfugiés, épuisés et désespérés, vont même jusqu’à repartir en Syrie, au péril de leur vie.

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© Florian Seriex / ACF

Notre action au Liban

Le Liban est un pays de 4,2 millions d’habitants qui a accueilli 1,5 million de réfugiés syriens et palestiniens venant de Syrie depuis le début du conflit, soit une augmentation de 27% de sa population. Le pays possède proportionnellement la plus grande population de réfugiés au monde.
Action contre la Faim mène des activités au Liban depuis ses bases de Zahle (vallée de la Bekaa), Tyr (au sud Liban, où se trouve Saïda), Aarsal. La majeure partie de nos activités sont dédiées aux réfugiés syriens grâce à une approche intégrée couvrant l’ensemble des domaines d’expertise de l’organisation : WASH (eau, assainissement et hygiène), Sécurité Alimentaire et Moyens d’Existence, Nutrition et pratiques de soin.
Alors que le conflit syrien dure depuis plus de cinq ans, la pression sur les communautés locales n’a jamais été aussi forte. Nos équipes ont adapté leur intervention au Liban afin de couvrir les besoins des réfugiés tout en essayant de diminuer les charges pesant sur les structures nationales.


Lieux d’interventions :
– Vallée de la Bekaa
– Aarsal et les districts de Sour (Tyr)
– Saïda, Marjayoun
– Nabatiyeh
– Bent Jbeil
– Jezzine
– Hasbaya


Types d’interventions :
– Nutrition, santé et pratiques de soins
– Eau, assainissement, hygiène
– Sécurité alimentaire et moyens d’existence

#NotAChoice

 

Photographie © Gonzalo Höhr